Un temps fort de réflexion et d’échanges autour de la coopération en santé
Organisé par l’AIUF, le colloque « Interprofessionnalité & Territoires » a réuni en 2020 de nombreux acteurs de la santé : représentants institutionnels, professionnels libéraux, hospitaliers, médico-sociaux, usagers, élus et étudiants.
Ce colloque visait un objectif commun : partager leurs expériences, confronter leurs pratiques et imaginer l’avenir de la coopération interprofessionnelle. Ce rendez-vous a permis d’aborder les enjeux concrets du terrain et d’ouvrir le dialogue sur les évolutions nécessaires pour renforcer la coordination des soins.
Les différentes séquences du colloque ont permis d’aborder l’interprofessionnalité sous tous ses angles : réglementaire, organisationnel, numérique, territorial et humain.
Discours d’ouverture
Nicolas Péju, Directeur général adjoint de l’ARS Île-de-France, a rappelé que l’interprofessionnalité n’est pas une idée neuve, mais qu’elle prend aujourd’hui une importance majeure face à la transition épidémiologique, au virage ambulatoire et à la tension sur les ressources humaines.
Il a insisté sur la nécessité d’agir au plus près des territoires, en soutenant les coopérations locales (maisons de santé, CPTS) et les innovations rendues possibles par l’article 51 de la loi de financement 2018.
Le numérique, avec des outils comme Terr-eSanté, apparaît comme un levier essentiel pour fluidifier la communication entre professionnels de la ville, de l’hôpital et du médico-social.
Table ronde 1 – L’interprofessionnalité : jusqu’où ?
Les débats ont réuni Catherine Olivet (CRSA Île-de-France), Estelle Marchand (La Compagnie des Aidants) et Laurent El Ghozi (Élus, Santé Publique & Territoires).
Tous ont souligné que la coopération dépasse le cadre strictement professionnel : usagers, aidants et élus ont un rôle déterminant dans la construction de parcours coordonnés et de politiques de santé ancrées localement.
Former et soutenir les représentants des usagers, mieux reconnaître les aidants et associer les collectivités locales constituent autant de leviers pour une interprofessionnalité plus démocratique et plus efficace.
Table ronde 2 – Hôpitaux, établissements et libéraux : quelle coopération sur un même territoire ?
Cette séquence, animée par des représentants de la FNEHAD, FEHAP, URIOPSS et AIUF, a mis en lumière la nécessité de décloisonner les secteurs.
Les intervenants ont rappelé que le décloisonnement ville-hôpital-médico-social repose sur des formations adaptées, des outils partagés et une culture commune.
Si les CPTS et GHT constituent des cadres de travail prometteurs, leur réussite dépend d’une meilleure intégration du médico-social et d’un pilotage collectif centré sur le patient.
Grand angle – L’interprofessionnalité en Europe
Nathalie Sénécal et Karine Pouchain-Grepinet (Fondation de France) ont présenté des expériences européennes inspirantes, comme le projet Transform.
De l’Angleterre à l’Allemagne, ces initiatives montrent l’importance d’une gouvernance horizontale, intégrant citoyens, élus et associations.
Les projets locaux, à l’image de la Polyclinique Vadel à Hambourg, démontrent qu’une approche globale et communautaire de la santé favorise la prévention, la qualité de vie et la pérennité des actions.
Focus – Interprofessionnalité et conduite du changement
Marie-Aline Bloch (EHESP) a proposé une lecture analytique des freins et leviers du changement : fragmentation des soins, évolution des métiers, identités professionnelles multiples.
Elle a insisté sur les leviers essentiels : gouvernance partagée, approche populationnelle, formation et accompagnement, ainsi que sur les étapes clés de la transformation – préparer, engager, réaliser, ancrer – pour pérenniser les pratiques collaboratives.
Points de vue – La réglementation au service de l’interprofessionnalité
Avec Yannick Le Guen (ARS Île-de-France), Benjamin Servant (Assurance Maladie) et Bruno Maleine (Ordre des pharmaciens), ce temps d’échanges a rappelé le rôle moteur des cadres réglementaires, conventionnels et numériques.
Les CPTS, MSP et dispositifs de partage d’informations (DMP, messagerie sécurisée) facilitent la coopération, à condition qu’ils soient appropriés et portés par les acteurs eux-mêmes.
Tous ont souligné l’importance de préserver une approche centrée sur le patient, dans le respect des règles déontologiques.
Table ronde 3 – Former à l’interprofessionnalité
La formation, initiale comme continue, est un pilier incontournable.
Sylvie Thiais (ARS), Hadrien Thomas (Fédération des étudiants en kinésithérapie) et Michèle Lenoir-Salfati (Agence nationale du DPC) ont souligné l’envie des étudiants à travailler ensemble dès leur formation.
Les initiatives d’enseignement interdisciplinaire et les appels à projets du DPC ouvrent la voie à une véritable culture collaborative, même si les formations restent encore largement mono-professionnelles.
Table ronde 4 – Quels outils numériques au service des parcours de soins ?
Éric Lepage (ARS Île-de-France) et Pierre Boiron (GCS Sesan) ont mis en avant le rôle central du numérique pour fluidifier les échanges d’informations et coordonner les parcours complexes.
Interopérabilité, accompagnement des usages et appropriation par les professionnels sont au cœur des priorités régionales.
Les outils numériques doivent être conçus comme des facilitateurs de lien entre acteurs, non comme des contraintes supplémentaires.
Plus de détails sur les interventions ici.
Un colloque fondateur pour les années à venir
Cette édition 2020 a posé les bases des réflexions et actions qui se poursuivent encore aujourd’hui à l’AIUF.
En réunissant institutions, professionnels et usagers, le colloque a affirmé une conviction partagée :
L’interprofessionnalité se construit sur les territoires, dans la confiance, la coopération et la reconnaissance mutuelle.
